{"id":993,"date":"2018-05-23T12:00:14","date_gmt":"2018-05-23T10:00:14","guid":{"rendered":"https:\/\/topfly-aero.com\/?p=993"},"modified":"2018-10-11T19:47:18","modified_gmt":"2018-10-11T17:47:18","slug":"la-lente-descente-aux-enfers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/topfly-aero.com\/index.php\/fr\/2018\/05\/23\/la-lente-descente-aux-enfers\/","title":{"rendered":"12\/15 &#8211; La lente descente aux enfers"},"content":{"rendered":"<p>[et_pb_section bb_built=\u00a0\u00bb1&Prime;][et_pb_row][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime;][et_pb_text _builder_version=\u00a0\u00bb3.3.1&Prime;]<\/p>\n<p>Les calculateurs ne sont malheureusement pas programm\u00e9s pour des secteurs de longueur infinie. \u00c0 une aussi grande distance du point, le risque d&rsquo;\u00eatre hors secteur pour quelques m\u00e8tres est trop grand et ne vaut pas la peine d&rsquo;\u00eatre couru, ce n&rsquo;est pas une course de vitesse. J&rsquo;attends donc de lire sur l&rsquo;\u00e9cran du Zander que l&rsquo;\u00e9cart de route passe de 45\u00b0 \u00e0 44\u00b0 avant de faire demi-tour. L&rsquo;analyse post vol montrera que nous n&rsquo;\u00e9tions qu&rsquo;\u00e0 400m \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du secteur (\u00e0 22km du point) et avons perdu au maximum 30 secondes. Pas de regret!<\/p>\n<p>La travers\u00e9e du lac avec 110 km\/h de vent arri\u00e8re est l&rsquo;affaire de quelques minutes, les ressauts habituels fonctionnent bien et Puerto Montt Radar (Chili) nous donne carte blanche pour tous les niveaux et caps demand\u00e9s, en pratique \u00ab\u00a0<em>vous \u00eates autoris\u00e9s \u00e0 faire ce que vous voulez, je vous vois sur mon \u00e9cran et je m&rsquo;occupe de g\u00e9rer les autres trafics<\/em>\u00ab\u00a0. Absolument magnifique, merci messieurs les contr\u00f4leurs chiliens ! Nous verrons passer trois avions de ligne en dessous et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 sans aucun probl\u00e8me. Vers le nord, nous ne voyons que du blanc (ou plut\u00f4t du gris), la couverture nuageuse inf\u00e9rieure (Sc) semble \u00eatre de 8\/8, celle sup\u00e9rieure (Ci) laisse encore filtrer quelque lumi\u00e8re et nous faisons le plein jusqu&rsquo;\u00e0 7.500 m au-dessus de l&rsquo;a\u00e9roport de Balmaceda.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de ce moment le vol n&rsquo;est autre qu&rsquo;un jeu du chat et la souris \u00e0 la recherche de trous minuscules par ailleurs \u00e9volutifs, chaque trou \u00e9tant en fait la mat\u00e9rialisation d&rsquo;une ascendance. Pendant 2 heures et 275 km, nous ne verrons que du gris, ce qui n&rsquo;est pas un souci dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;\u00e9lectronique de bord visualise parfaitement le terrain, et tous les a\u00e9roports de d\u00e9gagement sont sur la pampa sous le vent et donc toujours accessibles.<\/p>\n<p>\u00c0 mon avis, nous avons navigu\u00e9 beaucoup trop \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des montagnes, et si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 seul \u00e0 bord j&rsquo;aurais vol\u00e9 au moins 50 km plus \u00e0 l&rsquo;est. Mais il fallait bien que Bruce se d\u00e9foule un peu apr\u00e8s son \u00e9pisode hypoxique ! Mais \u00e0 21h50 et \u00ab\u00a0seulement\u00a0\u00bb 4800 m, ma tol\u00e9rance prend fin et c&rsquo;est avec une certaine g\u00eane que je lui impose ma d\u00e9cision de partir vent arri\u00e8re vers un trou bien form\u00e9, alors qu&rsquo;il semblait y avoir une autre belle route \u00e9nerg\u00e9tique une dizaine de kilom\u00e8tres face au vent, ce qui aurait signifi\u00e9 perdre encore 800 m. Nous ne saurons jamais quelle \u00e9tait la meilleure d\u00e9cision mais toujours est-il que la mienne \u00e9tait bonne puisque nous reprenons contact visuel avec le sol dans un ressaut facile qui nous propulse \u00e0 6.700 m en un quart d&rsquo;heure. Ne dit-on pas que le mieux est l&rsquo;ennemi du bien?<\/p>\n<p>Nous sommes maintenant en terrain connu au-dessus de 6\/8 (en diminution vers le nord) de strato-cumulus et en dessous de 8\/8 de Ci et autres stratifi\u00e9s dont la densit\u00e9 s&rsquo;intensifie (voir photo satellite visible \u00a0avec notre position). Mon optimisme est toutefois mitig\u00e9 par le fait que le vent a tourn\u00e9 de 40\u00b0 vers le nord, augmentant ainsi la composante de face alors qu&rsquo;elle aurait d\u00fb \u00eatre arri\u00e8re. Et il ne fera que continuer \u00e0 tourner plus au nord atteignant 290\u00b0 dans le plan\u00e9 final. Il est 22h15 UTC, nous sommes au km 300 avec 2h30 disponibles, c&rsquo;est encore jouable.<\/p>\n<p>[\/et_pb_text][et_pb_image _builder_version=\u00a0\u00bb3.3.1&Prime; src=\u00a0\u00bbhttps:\/\/topfly-aero.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/23-START-FINISH.gif\u00a0\u00bb align=\u00a0\u00bbcenter\u00a0\u00bb \/][et_pb_text _builder_version=\u00a0\u00bb3.3.1&Prime;]<\/p>\n<p>Nous sommes 25 km \u00e0 l&rsquo;est de la route \u00e9nerg\u00e9tique id\u00e9ale, il me faudra donc faire au moins deux ba\u00efonnettes face au vent avant d&rsquo;arriver \u00e0 Esquel, au prix de 2.000 m, je savais que c&rsquo;\u00e9tait le prix \u00e0 payer mais je ne savais pas qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de carotte au bout du b\u00e2ton! En effet, les barres d&rsquo;onde sont en cours de d\u00e9sagr\u00e9gation, les Vz netto sont minables (env. 2 m\/s contre les plus de 5 habituels) et je gagne \u00e0 peine 900 m en parcourant les 30 meilleurs km de toute la r\u00e9gion, sous le vent du Cordon d&rsquo;Esquel. Je commets alors l&rsquo;erreur de ne pas m&rsquo;arr\u00eater quelques minutes l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;ascendance \u00e9tait la meilleure. D\u00e9cision prise sur la base du METAR de Bariloche qui donnait encore 20 kt de vent au sol. Rien ne me laissait imaginer un vent nul deux heures plus tard! Nous quittons ainsi le kilom\u00e8tre 200 \u00e0 seulement 5.500 m et la ligne d\u2019arriv\u00e9e \u00e0 2.500m. C&rsquo;est le commencement d&rsquo;une lente agonie, d&rsquo;une descente aux enfers qui va durer 1h30 sans possibilit\u00e9 de s&rsquo;arr\u00eater car contraints de maintenir une vitesse sol de 150 km\/h, \u00e0 la recherche de signes improbables et \u00e9ph\u00e9m\u00e8res de ressauts dans les basses couches, fuyant sous un plafond de cirrus et alto cumulus en chute libre dont les barbules nous effleurent vers 4.500 m, le vent ayant tourn\u00e9 au 285-290 et mourant rapidement puisqu&rsquo;il n&rsquo;est plus que 50 km\/h \u00e0 la verticale de l&rsquo;a\u00e9roport de Bariloche survol\u00e9 \u00e0 3.300m, alors que la tour nous annonce \u00ab\u00a0vent calme\u00a0\u00bb au sol. C&rsquo;est plus fort que moi, je n&rsquo;arrive pas \u00e0 y croire, je me fais r\u00e9p\u00e9ter l&rsquo;information. Le peu de moral qui restait nous tombe dans les chaussettes. Les longues discussions avec Bruce de ces derniers 200 km avec calculs continus de la vitesse sol \u00e0 maintenir et des diff\u00e9rentes options laissent la place \u00e0 un silence irr\u00e9el. Un tout petit espoir rena\u00eet au voisinage de la ligne d&rsquo;arriv\u00e9e car le vent revient au sud-ouest, 240\u00b0 pour 40-50 km\/h. Mais h\u00e9las ce n&rsquo;est qu&rsquo;un effet de vall\u00e9e, aucun soubresaut ne viendra r\u00e9veiller notre variom\u00e8tre et c&rsquo;est la mort dans l&rsquo;\u00e2me que je m&rsquo;approche de la ligne d&rsquo;arriv\u00e9e 1.200 m en dessous de l&rsquo;altitude de d\u00e9part. Le soleil est d\u00e9j\u00e0 couch\u00e9 et l&rsquo;\u00e9paisse couche de nuages \u00e9lev\u00e9s absorbe le peu de lumi\u00e8re naturelle restante, rendant la lecture des instruments de plus en plus difficile. Nous essayons les lampes frontales mais la lumi\u00e8re trop forte et nous ne voyons plus suffisamment bien le relief tout proche. \u00c0 cet instant Bruce m&rsquo;extirpe de ma torpeur en me criant de tirer jusqu&rsquo;au d\u00e9crochage afin de gagner quelques centaines de m\u00e8tres. J&rsquo;ignore pourquoi mais pendant la dizaine de secondes de distraction \u00e0 discuter de ce point avec lui, je laisse le planeur d\u00e9vier d&rsquo;une dizaine de degr\u00e9s vers la gauche et je rate la ligne d&rsquo;arriv\u00e9e pour une centaine de m\u00e8tres. \u00c0 ce niveau de d\u00e9sespoir, mon organisme n&rsquo;a plus la force de se f\u00e2cher et je vais calmement faire demi-tour pour repasser la ligne cette fois au bon endroit mais 200 m plus bas, ce qui co\u00fbtera 20 km de p\u00e9nalit\u00e9 suppl\u00e9mentaire, et un record du monde.<\/p>\n<p>[\/et_pb_text][et_pb_image _builder_version=\u00a0\u00bb3.3.1&Prime; src=\u00a0\u00bbhttps:\/\/topfly-aero.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/22-SAT-PIC-21h58.jpg\u00a0\u00bb align=\u00a0\u00bbcenter\u00a0\u00bb \/][et_pb_text _builder_version=\u00a0\u00bb3.3.1&Prime;]<\/p>\n<p>La figure montre l&rsquo;incroyable sac de n\u0153uds autour du point de d\u00e9part (en vert) et d&rsquo;arriv\u00e9e (en jaune), avec trois passages au d\u00e9part dont deux \u00e0 l&rsquo;envers et deux \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e dont un \u00e0 l&rsquo;envers. Difficile de faire pire!<br \/>\nIl reste 18 minutes pour parcourir les 25 km qui nous s\u00e9parent de l&rsquo;atterrissage, et c&rsquo;est\u00a0 sur notre promesse d&rsquo;\u00eatre pos\u00e9s dans les 10 prochaines minutes que la sympathique contr\u00f4leuse nous autorise l&rsquo;atterrissage sur la piste de l&rsquo;a\u00e9ro-club, sinon il fallait se poser sur la piste illumin\u00e9e de l&rsquo;a\u00e9roport international. C&rsquo;est alors que nous entendons John Williams, de retour de son 2.000 km sur trois points, s&rsquo;annoncer juste derri\u00e8re nous guid\u00e9 par mon feu de navigation.<\/p>\n<p>[\/et_pb_text][et_pb_post_nav _builder_version=\u00a0\u00bb3.5.1&Prime; in_same_term=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb \/][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><div class=\"et_pb_row et_pb_row_0 et_pb_row_empty\">\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t<\/div> Les calculateurs ne sont malheureusement pas programm\u00e9s pour des secteurs de longueur infinie. \u00c0 une aussi grande distance du point, le risque d&rsquo;\u00eatre hors secteur pour quelques m\u00e8tres est trop grand et ne vaut pas la peine d&rsquo;\u00eatre couru, ce n&rsquo;est pas une course de vitesse. 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